Archives – Fête Solsticiale 2015

TPSGCA LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS

TRÈS ILLUSTRES FRÈRES, MES PAIRS

VOUS TOUS MES FRÈRES MAÎTRES SECRETS

S’il fallait à l’instant décrire la cause profonde qui fait que nous sommes ici réunis, je dirai qu’elle tient à la conviction de chacun, qu’il était nécessaire de se placer dans la continuité du Rite, en étant fidèle à ses origines, mais aussi dans l’universalité qu’il propose par la finalité d’un Saint Empire, en soi et autour de soi, paix et bonheur d’un monde réconcilié.

La continuité : le temps et ses événements, les soubresauts qu’il nous a fallu traverser, doivent être relativisés.

L’Universalité car s’intégrer dans la permanence de l’Eternité est l’aboutissement de la quête de l’initié, ce qui est particulièrement vrai pour qui suit la voie de perfectionnement du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Lorsque, il y a environ 14 mois, deux puis trois Très Illustres Frères se sont réunis et mis d’accord pour, en pleine régularité, et dans un strict respect des Grandes Constitutions et Règlements de 1786,( leur article 2), constituer, face à la nécessité, le Suprême Conseil National de France, nous étions loin d’imaginer la possibilité d’organiser une réunion comme celle d’aujourd’hui, dans son nombre, dans son ambiance de joie et de paix retrouvée.

En effet, pour la première fois de notre courte histoire, nous nous réunissons à un moment proche du solstice d’hiver pour célébrer notre Ordre, celui-ci dans son entier, ses divers degrés.

Chacun peut apprécier le travail accompli depuis la parution de notre premier Manifeste. Ce matin nous exposions à ceux présents combien nous étions, comment nos Ateliers, de toutes les classes traditionnelles de degrés couvraient notre territoire, mais aussi ce qui reste à accomplir.

Cela sera entrepris dès le premier trimestre de l’an prochain, dans la volonté du Suprême Conseil de permettre à tous de travailler rapidement, non pas dans le plus grand confort, mais à proximité relative, et au-delà des aspects logistiques, en marquant notre présence écossaise, présence de l’esprit et du Rite.

Moment de bonheur, d’amour partagé ; fierté également de l’appartenance, mais fierté sans orgueil, fierté qui nous permet de se placer dans la lignée de nos grands anciens, au sein et sous la protection du Suprême Conseil National de France dont le devoir premier est d’être protecteur et conservateur du Rite.

Déjà, le cadre, (je ne dirai pas le décor car un décor est seulement matériel et façade, le cadre donc) est posé. Il a ses dangers.

Nous avons le bonheur d’être ensemble, mais en sachant le risque du sentimentalisme qui ne serait que social et amitié factice.

Nous avons la fierté légitime de nos premiers succès, mais celle-ci au risque de l’isolement et au risque du rejet et du mal-amour de là dont nous venons pour la majorité d’entre nous, je ne parle pas de nos nouveaux Maîtres Secrets, en confondant les hommes dans leurs dérives et l’institution dont ils ont pourtant la charge.

Existe enfin le danger du bonheur figé, au risque de n’être plus que des conservateurs, dans une démarche muséale, fermés sur nous-mêmes, jaloux de nos avoirs et de nos savoirs, oubliant qu’au-delà de chacun, la transmission de ce que nous avons reçu est indispensable, indispensable pour la continuité du corps vivant de notre Ordre, et de notre Juridiction, vie du Sacré, vie de l’esprit, vie dans le monde, aspect royal et politique.

Evitons donc ces facilités, alors que le Rite est exigeant, et que le travail qu’appelle la répétition des rituels, leur imprégnation, constitue un effort permanent.

 C’est par la transmission reçue que nous sommes reconnus pour tels. Vous l’entendez, je parle de reconnaissance.

Ne nous trompons pas sur nos motivations ; ce qui nous a créé, c’est bien, et uniquement cela, la volonté de chacun de suivre la voie de perfection proposée par le Rite Écossais Ancien et Accepté en étant membre fidèle de notre Grande Loge régulière et reconnue comme telle par la planète maçonnique entière ; rien d’autre qui serait de l’ordre du ressenti personnel n’a été, et ne sera déterminant.

Je faisais référence à l’obligation politique, au sens vrai de la Polis- Cité grecque, car le Rite Écossais Ancien et Accepté offre à ceux qui le rejoignent cette double approche, individuelle et en communion fraternelle, intérieure, mais également sociale, dans le monde.

Un exemple parmi d’autres de la volonté impériale, lorsque nos lois fondamentales, les Grandes Constitutions de Bordeaux 1762 et les Constitutions et Règlements de 1786, attribués à Frédéric, font référence à un Saint Empire, mais je dirai ceci seulement par raccroc, dans la titulature donnée au Ministre qui est d’Etat du Saint Empire, ce dernier vu de façon contemporaine comme seulement chargé de la formation.

Mais quoi de plus normal car parfait connaisseur du Rite, de ses degrés, de ses arcanes, il est capable d’en communiquer le but ultime.

Toutefois, cette mission de reconstitution d’un monde idéal, à la fois ciel et terre, coexistence aisée de tous, dans leurs tendances diverses, ceux vivants dans les murs comme ceux vivants hors les murs  dans une Pax Romana reconstituée  appartient à ceux qui savent que le danger, j’ajouterai danger mortel, est de donner à la Franc-Maçonnerie , pour nous à l’Ecossisme, une vision  géo-politique, et de là profane.

D’une certaine façon l’Empire n’est pas une utopie, lieu de nulle part seulement pensé et donc sans défaut ; il vise au bonheur de l’homme dans sa manifestation, sa création. Sans oublier l’esprit il vise la conséquence de la pensée créatrice, le monde dans sa nature, donc il est action.

 Ceci n’est envisageable que dans une dimension sacrée, et c’est pourquoi je vous en parle dans l’espace particulier de la Loge de Perfection du 4ème degré, les travaux étant ouverts, coupés du profane. On parle souvent du retrait de Dieu.

C’est donc en intériorité, après la découverte du Sacré, en chacun de nous, que doit se mettre en place ce dessein de notre Ordre, cet oecuménisme impérial, ambition d’un gouvernement universel par fusion des deux cités, cité divine et cité terrestre.

Dans ce désir, deux axes, lignes de conduite et enseignements, sont essentiels, permanents et d’obligation stricte ; la continuité et l’universalité.

La première devise de notre Ordre ORDO AB CHAO contient bien ce message : elle nous fait passer de l’ordre terrestre à l’ordre cosmique, et par là elle nous donne notre place dans l’univers.

Le  premier axe est celui de la continuité, celle qui à travers l’histoire du Rite nous attache à la tradition par Melchitsédeq, Hénoch,  Salomon, Jésus-Christ, bien d’autres… tradition qui est ainsi Primordiale, de premier ordre et intemporelle. Histoire et méta-histoire ne font qu’un, elles sont les deux faces du Dieu Janus.

La quête de l’initié écossais, a comme support d‘entrée le temps, linéaire ou cyclique, mais pour mieux s’en débarrasser. Elle a aussi comme support cette forme particulière d’espace-temps qu’est l’Eternité.

Il suffit en effet de relire les Grandes Constitutions et leur référence au temps heureux des Patriarches. Il suffit encore de connaître la vie, les voyages, les travaux des grands fondateurs des 18ème et 19ème siècles pour comprendre qu’au-delà des vicissitudes du moment, leur grand dessein consistait à inscrire le Rite dans l’intemporel, au-travers de ses Mythes, dans ses rituels, alors purs.

Cet aspect continu, ce rattachement voulu, est la résultante d’une prise de conscience. Il s’agit de combler la faille qui s’est établie entre l’homme et le monde, celui-ci dans sa création. Cette faille a un nom : l’individualisme, individualisme exacerbé dans la modernité. La recherche de la cohérence, le comblement de la faille sera de la nature du Mythe.

Prenons ainsi à titre d’exemple les royautés mythifiées du Moyen-Age, celle du roi Arthur, celle de Charlemagne : dans les deux cas la double fonction ressort clairement : en esprit et en politique, sacré et profane. Cette royauté est donc duelle, non unifiée ; ceci tout comme l’homme est binaire. Car c’est bien l’homme qui s’est projeté dans ces figures royales au travers du mythe. Nous avons besoin du Mythe qui n’est qu’un reflet de nous-même.

Comme ces rois mythiques nous sommes coupés de l’universalité. Notre individualisme nous permet de vivre, de faire face, mais loin de notre Etre, sans communion, sans solidarité.

La tentative de réponse par la Quête du Graal, sera seulement céleste, dans un monde idéal, menée sans le roi qui initie la recherche. Il a pris conscience de cette nécessité, mais le Roi ne participe pas, car il est empêtré dans le terrestre. La Quête n’aboutira pas.

Plus loin de nous, Melchitsédeq, non engendré, sans âge, roi et prêtre, nous donne la même leçon du sens du monde, source perdue, tout comme la parole du maçon est perdue.

La doctrine traditionnelle écossaise va se rattacher à l’Absolu indifférencié, ceci par rapport aux couples Essence-Substance, Idée –Matière.

De là, il n’y a pas de place pour un progrès seulement positiviste, mais bien au contraire une permanence sans évolution. Ce progrès positiviste c’est celui qui est refusé par Bernard Shaw qui écrit :

« l’homme raisonnable s’adapte au monde. L’homme déraisonnable tente d’adapter le monde. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable ».

 Je vous rassure, les rédacteurs des Constitutions ne se sont pas trompés : à l’évidence, le mot de progrès utilisé dans les Grandes Constitutions, vise la progression dans la spiritualité, l’initiation, générateurs de paix et harmonie ; notre but ultime n’est pas existentiel, dans la matérialité.

L’immuable est sacré et l’un des principes voulus par le Suprême Conseil National de France est de conserver l’écrit de l’origine, dans les rituels et dans les interventions recueillis, leur terminologie simple, mais totalement explicite. Vous n’y lirez pas les mots d’immanence et transcendance, on n’y parle pas d’ascèse mais de vaincre ses passions, de se dépouiller des métaux, ce qui est nettement plus alchimique, hermétiste donc écossais.

C’est ainsi que les rituels progressivement mis en place seront tous fidèles à nos sources. Véritables mantras, répétés à chaque tenue, leur imprégnation fera prendre conscience de cette voie intérieure et de la nécessité d’être fidèle à l’origine.

Sans rien revendiquer, voyez notre Bannière elle n’a pas de date, nous sommes tous des enfants de 1804.

(Ce retour aux fondamentaux, va se retrouver au travers par exemple d’une source d’inspiration, le chapitre XXVII de la collection Kloss.)

Dès maintenant le Maître Secret bénéficie d’un rituel au texte quasi-définitif, il convient encore de régler quelques incohérences. Nous avons souhaité qu’il comporte une instruction développée qui permet d’approcher le temple fixé à demeure, en chacun et à l’extérieur, temple qui abrite l’Arche d’Alliance et ses lois, alliance de chaque Maître Secret avec notre Ordre, sa communauté, mais aussi, Alliance directe avec Dieu.

Cette continuité entretenue amène à l’appréhension de l’unité fondamentale des formes traditionnelles : ainsi de l’ésotérisme chrétien formulé à la fin du Moyen-Age, ainsi également des Mages hellénisés, ceux qui dans la pensée iranienne ont accepté à côté du mazdéisme la double influence de Platon et des principes venus des Indes.

Notre Ordre, Écossais, est donc fidèle à ses sources, et au-delà d’elles, il revendique une origine métaphysique, se fondant sur l’Absolu, qui n’accepte que l’apophase et surtout ne peut être qualifié, ce qui ne serait que réducteur et ramené à l’humain.

 Par cette impossibilité de qualifier Dieu, nous en sommes ainsi à l’autre axe, en corollaire, celui de l’universalité, l’Absolu : toute notre spiritualité consiste à conduire vers l’Unité  l’ensemble de nos connaissances acquises, et parmi ces connaissances, en tout premier lieu la connaissance de soi, de notre nature profonde, qui au bout de la route, en idéal, à travers l’autre, reflet spéculaire de soi-même, nous relie au Créateur ; il s’agit de faire sien l’Hermétisme de la Table d’Emeraude, pour lequel « tout ce qui est en haut est en bas, pour accomplir les miracles d’une seule chose ».

Dans le Paradis, Dante (qui reprend la Somme Théologique de Thomas d’Aquin) revient sur cette similitude : « toutes les choses ont un ordre entre elles ; c’est la forme qui fait que l’univers ressemble à Dieu. »

Il s’agit là d’une méthode, elle ne diffère pas de celle proposée par le Rite : celle de l’analogie qui permet d’acquérir une connaissance positive, de trouver des équivalences ; équivalences entre microcosme et macrocosme, entre église et royauté, entre l’autre et moi. C’est le sens de la phrase : « moi c’est lui, lui c’est moi » qui va créer la nécessité de l’autre, et de là la nécessité de l’Etre.

Il n’y a pas l’autre dans sa différence, mais une signification universelle à l’existence, ses évènements, et ses expériences. Par là notre méthode est également anagogique, elle permet de remonter à l’essence des choses, pour Platon de les comprendre en Idées.

L’Universalité, la quête du Un relève de l’esprit, hors lieu et hors temps, et j’ajouterai de façon un peu paradoxale, sans pensée, du moins pensée discursive.

Car le lieu de l’esprit, le Saint des Saints, n’est pas physique, de même que le temps de l’esprit n’est ni futur, ni passé mais instant présent, éclair nouménal. Lévite et gardien du Saint des Saints, nous ne sommes pas devant notre esprit mais en notre esprit.

De là encore, la forme de pensée propre à l’esprit n’est pas rationnelle ; la pensée qui amène le distinguo, la discussion sur le bien et le mal, le beau et le laid, doit être interdite, le binaire n’étant que séparation et éloignant de l’unité.

Penser en rationalité est mort de l’esprit, ce que Paul Valéry a si bien traduit en disant : « tantôt je pense, tantôt je suis ». La pensée et l’Etre ne cohabitent pas mais sont alternatifs ou successifs.

L’Etre, Universel, ne pense pas ; le sacré ne trouve pas sa place dans la pensée, il relève du direct de l’intuition et de l’instant. C’est un peu ce que l’on trouve également dans les philosophies orientales pour lesquelles la vie, la manifestation, n’est que rêve, fiction.

Il n’est donc pas étonnant qu’au lendemain des révolutions, surtout la française en suite des Lumières, le rêve du paradis perdu, d’un monde en projection et idéalisé, ait porté sur une nouvelle vision des Indes, mais celles d’Occident, d’abord Saint Domingue, domaine de la matière et de la contingence, là où se couche le soleil, promesse d’un nouveau jour.

L’Eldorado, l’Amérique, était terre de tous les possibles, vision d’un nouveau monde, d’un nouvel empire, aux lois inspirées par Dieu et facteurs de progrès. Continuation du Saint Empire.

C’est là une lecture de l’histoire du Rite Écossais Ancien et Accepté, au travers de ses grandes dates, de ses lieux, Charleston, Bordeaux, de ses personnages fondateurs, liaison forte des deux côtés de l’Océan.

Liaison bien sûr car la mission du Rite Écossais Ancien et Accepté est de rassembler partout où ils se trouvent des hommes, ceci dans le cadre de la Tradition, hommes qui vont mettre leur intelligence, leur énergie, leur conviction, au service de l’ordre humain, ceci dans un but précis, la Connaissance en esprit.

Après des allers-retours entre Essence et Matière, celle-ci dans son histoire et ses événements, pensons au Z de la clé d’ivoire du Maître Secret, le Rite Écossais Ancien et Accepté est définitivement orienté, il a un but et il nous aide dans notre choix de vie : choix donc liberté. Il s’agit, s’étant assimilé notre part divine, d’assumer l’univers en participant à sa création continue. Agir donc action, mais celle-ci double, humanisme non séparé du divin, en amenant l’homme au divin et le divin à l’homme, c’est l’Ecossisme.

C’est  là une conviction que je voulais vous communiquer, vous demander de faire vôtre : face au défi de l’époque, ne nous trompons pas dans les mots, ne nous trompons pas dans les attitudes, ne nous trompons pas dans nos valeurs.

On a parlé de la Résistance de l’humanisme à propos de l’expression artistique en temps de guerre, pensons aux Calligrammes d’Apollinaire ou au tableau Guernica de Picasso.

Eh bien, de même, le Rite, appliqué par chacun, non seulement nous aide à résister, mais beaucoup plus, il nous transforme et de là nous pouvons enchanter le monde.

Pour ce faire, le Suprême Conseil National de France, au travers des Très Illustres Frères, mais aussi chacun de ses membres, a un devoir absolu : protéger le Rite, le faire vivre dans le travail, sans dogme, sans déformation, sans intellectualisme exacerbé et imposé par des Caciques, mais en croyance parce qu’il est Vérité.

Je m’y engage et en rendrai compte.

 

J’ai dit.

T.Il.F. Jacques PRATS, 33ème

Très Puissant Souverain Grand Commandeur