Allocution du T.P.S.G.C. – Fête Solsticiale du 10 décembre 2016

A la Gloire Du Grand Architecte de l’Univers,

Très Illustres Frères, mes Pairs,

Vous tous mes Frères Maîtres Secrets,

 

Alors que nous sommes ici rassemblés pour notre 2ème fête solsticiale, la présence du T.R.F. Jean Pierre Rollet, Député Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française, et Frère éminent de notre Rite, détenteur d’une Ultime Vaillance, donne un relief et une importance toute particulière à notre manifestation.

En effet, qui aurait pu penser, il y a deux ans, et même il y a un an, que notre démarche, notre volonté de pratiquer les degrés supérieurs du Rite Ecossais Ancien et Accepté dans une totale et parfaite régularité serait aussi rapidement reconnue ?

 

C’est notre appartenance à cette maçonnerie régulière, reconnue de tous et partout, universelle, qui a permis au Très Respectable Grand Maître Jean Pierre Servel de prendre le décret nous accordant l’amitié de la GLNF, autorisant notre fréquentation par les Maîtres Maçons réguliers de l’Obédience ou appartenant à un Grande Loge reconnue où qu’elle soit dans le monde, et ceci à l’exclusion de tout autre entité pratiquant les degrés supérieurs de notre Rite, forme de reconnaissance officielle, nouvelle qui s’est largement répandue sur les continents.

C’est votre travail, votre enthousiasme, surtout votre bonheur, la joie de travailler et d’être ensemble, qui nous a permis d’être là où nous sommes, 100 Ateliers, 1500 Frères. Le travail n’est pas terminé, la route est sans fin, merci à chacun pour ce chemin déjà parcouru.

Je disais bonheur, c’est le Maître mot, et il est permis de considérer qu’être heureux ouvre, autorise, l’intelligence qui est expression d’un esprit libre. C’est là le but de nos Grandes Constitutions, but ré-affirmé dans notre Manifeste constitutif, notre Déclaration de Principes.

Mais lorsque pour tenter de cerner davantage ce but avoué, le bonheur de l’humanité toute entière, nous aurons dit que sa recherche, celle du progrès, relèvent d’un comportement vertueux, normatif et utilitariste, aurons-nous pour cela fait avancer notre connaissance du Rite Ecossais Ancien et Accepté, encore mieux nous serons –nous perfectionné ? Fait progresser notre Etre ? N’y a t’ il pas dans ce genre de classification un effet réducteur plutôt qu’une approche de l’Absolu ?

Approche seulement rationnelle, notre Rite devenant l’objet d’études, on parle de maçonnologie, plutôt que de pratiques, il est dès lors à classer dans les Sciences Humaines, et la dimension sacrée est perdue de vue.

Mais il faut toujours être positif, l’attention du profane est ainsi détournée, et de façon un peu caricaturale, cet exotérique implique, oblige à la prise de conscience d’un manquement et rend évident l’ésotérique ; il faut chercher l’idée, souffle de l’esprit ; elle est toujours présente à celui qui cherche. C’est bien là l’un des enseignements du degré de Maître Secret.

Le savoir, la culture, le travail surtout, sont certes nécessaires, dans notre voie lente, étroite et épineuse, et si nous sommes redevables entre autres à l’humanisme de la Renaissance, ce savoir est à appréhender dans une autre vérité, une autre réalité, séparée et éthérée, qui appellerait alors pour y vivre un trans-humanisme seulement idéalisé et spirituel. Il s’agit d’Hermétisme, de la recherche du sens.

 

 

 

Et cependant, la réponse est là, sous nos yeux, nous la possédons dès notre accession au 4ème degré : elle est contenue entièrement dans la deuxième devise de l’Ordre : «  Deus Meumque Jus ». Universelle, elle est un absolu, elle ne se décline pas en diverses nuances, elle se vit.

Tout est divin, nos normes en procèdent, cette devise est un gnomon, un axe du monde.

Il s’agit d’une maîtrise de soi, nous sommes au 4ème degré, et on sait depuis l’antiquité que si l’on veut gouverner, on doit d’abord se gouverner soi-même. Cette auto-gouvernance amène à la liberté, les pulsions qui aliènent étant écartées.

Nous l’avons appris dès le 1er degré, surtout au 3ème degré, mais la Maîtrise de soi ne s’acquiert que par cette prise de connaissance de notre dimension divine.

Là est le cœur de mon propos, on y voit immédiatement par cette dimension proprement divine que vie politique et vie philosophique sont intimement liées ; au sein de soi-même en premier lieu, Royauté et Sacerdoce sont là. Et c’est seulement dans une deuxième phase que en suivant le Prologue de Saint Jean, « il est dans le monde, et le monde ne l’a pas reconnu. »

 

 

Tout le Saint Empire que nous voulons et envisageons comme achèvement de notre chemin de perfection est ainsi en premier lieu personnel. La Maîtrise, la victoire sur les passions, puis la liberté ainsi acquise, autorise le gouvernement spirituel de la Cité, comme une actualisation d’une Pax Romana écossaise.

L’an dernier, c’est dans une perspective large que j’avais placé notre démarche écossaise, pour chacun de nous dans un corps constitué et organisé, ceci en m’appuyant sur deux thèmes ; d’abord la nécessité de comprendre, de se pencher sur la pensée de nos grands fondateurs, à la fin du XVIIIème, début du XIXème siècles, les pionniers des Juridictions américaines, et en corollaire le rappel de notre but ultime, présent dès l’origine, l’Empire.

Resserrant maintenant le propos, quelle démarche entreprendre, comment se rapprocher et faire vivre un tel idéal, sans risquer de tomber dans le ridicule d’une vision politicienne dépassée, pour ne pas dire kitsch ?

Deux axes sont là, ils sont clairement présents au 4ème degré ; ils sont totalement imbriqués, nécessaires l’un à l’autre ; il s’agit de nos rituels, bien sûr celui du Maître Secret, il s’agit de l’immortalité de l’âme, immortalité postulat du Rite pour certains parmi les plus grands tels que MacKey et Pike, et Landmark de la Franc-Maçonnerie régulière pour Harry Carr.

Si les rites ont fait l’objet de nombreuses études profanes, structurales ou non, à voir comme avatar des grands voyages d’ une époque encore coloniale, nous devons nous concentrer sur leur signification, leur utilité, dans notre démarche d’initiation et de perfection spirituelle.

La représentation du Sacré, toujours personnelle, tient dans les notions de temps et d’espace, dont les bases ne sont plus scientifiques, en termes de départ et d’arrivée, de centre et de circonférence, seulement physiques et pour nous symboles, mais relèvent d’un ailleurs, hors de la matérialité et sa contingence, d’une autre réalité, on parle souvent de transcendance, mot dont je me méfie.

C’est ainsi qu’à l’ouverture des travaux au 4ème degré, le T.F.P.M. dans et depuis la Chaire du roi Salomon demande à Adoniram : «  en quel lieu sommes-nous ? »

Le rituel maintenant en vigueur vous donne une réponse : « dans le Saint des Saints », le lieu de présence de la divinité, d’abord au fond de soi, en un mot l’Ame.

 

 

 

 

Vous savez que la réponse a varié. Celle que l’on donne vise à se rapprocher des origines, début du XIXème siècle, elle s’explique et je vous donnerai deux pistes : i) première piste, ce dialogue s’échange entre Salomon et Adoniram, tous deux seuls qualifiés pour pénétrer le Saint des Saints ; ii) seconde piste, la cérémonie de réception a permis au lévite d’être admis de façon brève dans le lieu dont il a la garde.

Mais cette fugacité, ne doit-on pas la rapprocher de l’instruction qui nous réfère clairement à la grande et bienfaisante clarté, quelque chose au-dessus des forces humaines ; cette resplendeur  appelle un descillement de nos yeux. Ce sont là les prémices de vos succès futurs qui sont rappelées lors de chaque ouverture des travaux d’une Respectable Loge de Perfection.

Plus que d’une préfiguration, d’une promesse, plus encore que d’une recherche d’intériorité, à la porte du Saint des Saints le Maître Secret est confronté à la réalité du monde subtil de l’âme ; bien sûr, c’est la méthode du Rite, ce monde se précisera et se matérialisera au fur et à mesure des degrés à suivre.

C’est de ce passage, et de cet ailleurs, dont je vous demande de prendre conscience, de les vivre.

 

 

 

Là réside le sens à donner à la philosophie ; il ne s’agit pas dans notre démarche d’une propédeutique, d’une révision, les uns après les autres, des grands courants de pensée, de connaître leurs auteurs, de l’Antiquité à nos jours.

Savoir quelles ont été nos influences, hermétistes, chevaleresques, kabalistiques, rosi-cruciennes, d’autres, avec le revival rassembleur de la Renaissance italienne, est important, mais ceci acquis, qu’est-ce que la philosophie pour un Maçon écossais ?

Notre Rite possède parmi ses éléments fondateurs la Table d’Emeraude, « Tout ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut ». Son principe d’analogie et de similitude, ce qui ne signifie pas égalité, fait apparaître la séparation de l’âme et du corps. Séparée certes, mais à suivre certains l’âme serait prisonnière du corps et disparaitrait avec lui dans la mort. Ceci ne nous est pas acceptable.

C’est bien là pour nous le vrai sens du mot philosophie : la Sagesse implique d’abord l’intuition, puis la certitude, de cette séparation entre corps et âme, et la philosophie consiste dans l’effort à déployer pour libérer l’âme de l’enveloppe corporelle et mortelle. Principe duel – corps et âme – il se résout par l’immortalité de cette dernière.

 

 

Peu importe alors la nécessité d’une démonstration de l’immortalité ; il peut s’agir d’un simple Postulat à accepter a priori comme tel. Il peut s’agir d’une démonstration développée, par exemple ce qui est appelé la réminiscence des idées, idées qui appartiennent au Créateur, ceci de toute éternité.

Peu importe la démonstration car elle ne résulterait que d’un donné rationnel extérieur, avec le risque inhérent du dogmatisme, alors que rien ne peut s’imposer à un maçon écossais en dehors de sa conviction intime, de sa foi.

Le Solstice d’hiver auquel nous sommes, jours sombres mais promesse du renouveau, ce cycle de la Nature, permet de réfléchir et d’appréhender l’œuvre et son Créateur. Mort et renaissance, l’archétype d’Hiram, sont indissociables de la connaissance de l’âme immortelle. Notre initiation est là toute entière.

Dans ce sens le philosophe, en étymologie l’amateur de sagesse, est celui qui est instruit des opérations secrètes de la nature ; il va imiter, de mieux en mieux, les procédures de création permanente de la Nature. Et c’est ainsi qu’il s’élève dans les sphères des causes, et des principes, Ogdoade, Hennéade, vers ce que j’appelle l’autre réalité, dans un ailleurs, monde de l’âme puis monde de l’esprit.

 

 

C’est alors que nous appartenons au monde créé, de la manifestation, notre monde corporel, mais que nous sommes également en esprit ; position intermédiaire, on peut affirmer l’existence de l’âme, son immortalité.

Temporel et spirituel, en réunion, c’est bien une affirmation impériale, démarche individuelle et intérieure, mais également ouverte car comment prétendre au bonheur si ce n’est pour en faire profiter l’autre, ce qui s’appelle l’amour ?

Conscience, pratique du passage, c’est tout le sens de nos rituels, vers ce monde de l’âme, non pas liée à notre vie terrestre et mortelle, mais comme participant de cette autre réalité, la rendant nécessairement immortelle.

En ce sens nos rituels sont une porte, un moyen de passage, mais leur contenu est non voulu par nous. Ils sont inspirés et leur valeur tient à la force d’attraction vers le Haut qu’ils contiennent.

Ce passage implique une séparation d’avec notre quotidien contingent, ceci pour une agrégation à une classe supérieure, une acquisition de qualités, toujours plus subtiles, mais nous savons qu’il convient de procéder à une décantation alchimique. Le Rite est ainsi fondateur d’une communauté d’initiés, par la pratique en commun d’une même action, codifiée et nécessairement répétitive.

 

Tout au long de sa progression, scalaire, dans le Rite, le Maître Secret, par la répétition du rituel, obtient à chaque grade une vision à la fois plus précise et plus vaste de sa place dans l’univers ,  il trouve son rôle dans le plan divin de la création.

Progrès indéfini vers la Perfection, supporté par nos 33 degrés, il implique ce Postulat de l’existence de l’âme, de son immortalité. L’homme dans une telle perception n’est pas de construction dualiste, partagé entre deux tendances contraires, sa lourde matière quotidienne et sa vie éthérée en esprit, on parle du monde imaginal . Il est réconcilié avec lui-même.

Cette forme de Sagesse, la philosophie vécue, participe à la fois de la Beauté de l’esprit, capacité d’amour intériorisée, et de la Force temporelle extérieure ; ce sont les trois piliers du 1er degré.

L’initiation dans notre Rite ne peut se concevoir comme un phénomène seulement individuel. Elle nécessite un apport extérieur, celui de sa Loge, celui de son Trois fois Puissant Maître, non pas l’homme, mais l’investi par l’Ordre, et les englobant, au sens large et permanent, l’apport de la Tradition.

Mais cette Tradition, aujourd’hui où je vois totalement fusionnés la pratique de notre Rite écossais, telle que contenue pour sa liturgie dans nos Rituels, et l’immortalité de l’âme, cette Tradition ne peut dépendre d’un individu.

 

Notre Rituel ne connaît pas un auteur-rédacteur, sauf dans ses erreurs matérielles, s’il en existe.

Rien de nos Rites ne résulte et ne dépend de l’humain, l’homme-individu n’est que catalyseur, récepteur, d’une présence non-humaine, c’est l’influence spirituelle, qui résulte et démontre la nécessité d’un ailleurs, monde et réalité de l’âme.

En conséquence, à l’évidence, nos rituels totalement inscrits dans la Tradition sont à exécuter avec précision, avec respect, sans la moindre approximation ; ceci aussi bien dans l’administration des cérémonies dont le contenu et la charge spirituelle ne peuvent être altérés, que dans ses rubriques plus matérielles, gestes, formulations, décors.

C’est de la forme que tout dépend, mais sans les dispositions intérieures et personnelles, celle de l’impétrant comme envie de recevoir, celle de l’officiant comme envie et devoir de transmettre, l’efficacité du Rite serait nulle, vain simulacre, car il ne s’agit pas lors d’une cérémonie d’un échange technique et économique, en vue de l’obtention d’une fin, d’un bienfait, que l’on appellerait à tort initiation.

Vous tous Maîtres Secrets, lévites gardiens du Saint des Saints, nous tous, hors de nos petites existences, dans nos Etres écossais, nous avons le devoir strict de vivre le Rite, de le propager, pur, dans le respect de nos règles ancestrales et universelles, celles de toutes les juridictions écossaises régulières du monde.

Que serait l’immortalité, l’éternité, ces absolus, si chaque jour nous en modifiions l’approche, le sens et la portée ?

C’est ainsi que le Rite Ecossais Ancien et Accepté permet la mise en place d’une nouvelle façon de vivre ensemble, à la double condition que les rituels utilisés, dans leur pureté, contiennent sous une forme hermétique seulement accessible aux adeptes, l’implication d’une âme immortelle.

 

J’ai dit.

T.Il.F. Jacques PRATS, 33ème

Très Puissant Souverain Grand Commandeur